Catégorie : Uncategorized

  • Jeanne d’Albret

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  • Louise Hervieu

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  • Albert-Henri Besnard

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  • Le collège des jésuites (1)

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  • Monuments en flammes

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  • Robida dessine les rues d’Alençon

    Parmi les dernières expressions du courant pittoresque, la collection La Vieille France occupe une place à part, notamment grâce à la contribution du célèbre illustrateur Albert Robida (1848-1926). Ce dessinateur, aussi visionnaire dans ses œuvres de science-fiction que passionné par le patrimoine, a réalisé de nombreuses gravures pour cette série. Dans le volume consacré à la Normandie, plusieurs illustrations mettant en scène Alençon portent ainsi sa signature, offrant un témoignage précieux du regard artistique qu’il portait sur la ville et ses monuments. Ces planches, fréquemment éditées sous forme de lithographie, parlent à tous. L’église Notre-Dame sous la pluie ou la rue de la Juiverie, parfois colorées, ont décoré de nombreux domiciles alençonnais.

    L’église Notre-Dame sous la pluie, par Robida. Le miroir d’eau couvrant la Grande rue reflète le porche. A droite, les maisons à pans de bois de la rue du Bercail. On se demande si le dessin a vraiment été fait dans ces conditions : pas facile de crayonner trempé !

    Parmi les incontournables, le château. La proximité du tribunal justifie de meubler la scène avec des hommes de loi.

    Dans la suite de cette série de la fin des années 1880, voici la rue aux Sieurs, avec des maisons attribuées aux « Quatre Sieurs », à l’angle de la rue de la Cave-aux-Boeufs. Robida est particulièrement séduit par ces étagements de volumes qui se rapprochent beaucoup de ses architectures imaginaires. Il est en effet l’auteur de romans de science-fiction et de récits fantastiques.

    Le tournant de la rue de la Juiverie a aussi été représenté par Robida avec un beau contraste entre le noir de l’ardoise et le blanc du grand pignon de la rue des Granges. Les encorbellements, disparus, à l’angle des deux rues se dressent dans l’ombre.

    Ce dernier dessin est un autre précieux témoignage d’un secteur d’Alençon qui a totalement disparu. Il s’agit de la rive de la Sarthe, côté Montsort. Les maisons sont accrochées sur les berges maçonnées. Au premier plan, la digue du bief du moulin et au loin, le Pont Neuf.

    Jean-David Desforges

  • Opération COSI par Zucca

    André Zucca (1897-1973) demeure une figure ambivalente de l’histoire de la photographie française. Accrédité par « Signal », le journal de propagande nazie créé en 1940 sous l’impulsion de Joseph Goebbels, il est souvent désigné sous le terme de « photographe collabo ». Du fait de sa collaboration de travail, Zucca a laissé derrière lui une collection d’images uniques et fascinantes de la France sous l’Occupation, constituant un témoignage historique d’une rare ampleur.

    Après la Libération, André Zucca est arrêté mais échappe à une condamnation lourde, bénéficiant d’un non-lieu. Son travail tombe dans l’oubli avant d’être redécouvert à la fin du XXe siècle. Aujourd’hui, ses photographies, conservées en partie par la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, constituent une source documentaire précieuse sur la vie en France entre 1940 et 1944. Elles nous interrogent sur la manière dont l’image peut être utilisée à des fins de propagande, mais aussi sur la complexité des choix individuels en temps de guerre.

    Dans les derniers jours de juillet 1944, André Zucca suit les 90 volontaires du Comité ouvrier de secours immédiat (COSI) quittant le siège parisien de cette organisation, un outil de la propagande de Vichy orienté vers les milieux ouvriers. Leur destination : la Normandie, et plus précisément Alençon pour plusieurs d’entre eux. Leur objectif : secourir les victimes des bombardements… avec un sérieux temps de retard. Mais l’essentiel est de montrer les victimes des Alliés.

    En arrivant par la route de Paris, les bénévoles du COSI découvrent les bombardements de Courteille et de la gare d’Alençon, depuis le pont de Verdun. La gare, visée par les Allemands dès 1940, subit à nouveau des destructions avec les bombardements du 6 juin 1944. Après ces attaques, elle est partiellement dégagée des gravats pour la rendre fonctionnelle. Malgré ces efforts, l’efficacité des bombardements alliés pour neutraliser le transport ferroviaire allemand reste évidente.

    Une fois sur place, les équipes sont accueillies à la préfecture rue Saint-Blaise. Dans la cour, un groupe attend des instructions. Alençon est défini comme un « échelon avancé », et leur relais avec l’armée allemande est un certain colonel Kuentz, qui leur permet de bénéficier de 26 tonnes de nourriture, plus de 40 000 vêtements, 260 tenues pour bébé, 9 250 paires de chaussures et des sommes considérables issues… des Biens Juifs.

    Pendant ce temps, André Zucca s’aventure en ville. La Grande Rue a subi des bombardements le 17 juillet 1944. Les gravats sont rassemblés sur les bords des voies. Sur l’ancienne Maison des Madelonnettes (un couvent des XVIIe-XVIIIe siècles), on distingue l’enseigne du Frontbuchhandlung (librairie de propagande et d’armée). En prenant du recul, sous le porche de l’église Notre-Dame, elle-même endommagée, la vue est saisissante.

    Les victimes des bombardements, désormais sans logement et qualifiées de « réfugiés » dans les textes de propagande, sont hébergées à Alençon. L’ancien hôtel particulier Masson sert de dortoir. Les conditions y sont précaires, reflet d’un pays occupé, frappé de pénuries depuis plusieurs années. Les femmes sont accueillies dans un autre lieu de la ville, qui reste à identifier. Un simple robinet pour plusieurs personnes… réalité ou mise en scène pour marquer les esprits ? N’oublions pas que chacun de ces clichés sert un discours de propagande.

    Les « réfugiés », selon le texte Normandie, terre de souffrance, attendent leur transfert place Masson. Des logements leur ont été désignés dans la Sarthe et la Mayenne. On les voit monter dans des camions avec toutes leurs affaires, un départ imminent. Pourtant, d’après les premières recherches, il n’est pas certain que des Alençonnais figurent parmi eux. Il s’agirait plutôt d’habitants des secteurs de Mortain et de Domfront.

    Si ces photographies offrent un aperçu saisissant d’Alençon à moins de deux semaines de l’entrée de la 2e DB, il est essentiel de rappeler leur contexte : une opération de propagande. Derrière le COSI, organisation vichyste, ce sont bien les nazis qui orchestrent l’ensemble. D’autres clichés concernant Mortain, Barenton et Domfront existent. Plus explicites que la série d’Alençon, ils mettent en scène des cadavres et des blessés.

    Jean-David Desforges

  • L’épitaphe de la jeune Catherine de Ragaigne

    La stèle funéraire. (J.-D. Desforges)

    Il est parfois des découvertes qui sont aussi inattendues qu’émouvantes.

    A l’occasion de mise aux normes dans un ancien hôtel particulier du quartier Notre-Dame à Alençon, une longue inscription a été mise au jour, gravé dans une dalle en calcaire. Poussons la porte…

    Une plaque de plâtre qui tombe et c’est une vie passée qui réapparaît, dans toute sa fragilité. Mais n’est-ce pas la fonction des monuments funéraires ?

    Cette épitaphe nous parle de « DEMOIselle CATHerine RAGAIGN… FILLE (?) DE MESSIRE CHARLE EMANUEL RAGAIGNE DE TALLONNAY CHEVALIER SEIGNEUR DE FRENEAUX LA RAMEE ET AUTRES LIEUX ANCIEN CAPITAINNE AUX GARDES COLLONEL A LA SUITTE DE DIEPPE CHEVALIER DE LORDRE ROYAL ET MILITAIRE DE ST LOUIS ET DE NOBLE DAME CATHERINE DUVAL … SA MERE.

    Relevé de la stéle et de l’épitaphe . (Jean-David Desforges, juin 2020)

    La famille Ragaigne de La Hutellière ou de Tallonnay suivant la branche, est une famille de gentilshommes militaires et campagnards de la région de Sées. Si l’épitaphe parle plus de ses parents que d’elle-même, c’est peut-être que Catherine devait être toute jeune. Nous en saurons plus lorsque nous aurons trouvé les actes paroissiaux la concernant.

    Comment cette stèle a pu se retrouver prise dans une maçonnerie ? Elle provient peut-être du cimetière de l’église Notre-Dame, toute proche. L’immeuble date des années 1780, période à laquelle le cimetière est désaffecté et transféré dans celui de la chapelle Saint-Blaise. Un récupérateur de matériaux a pu être sollicité pour approvisionner ce chantier, comme le suggère des lapidaires médiévaux en remploi, ici et là dans ses élévations.

    Jean-David Desforges

  • Un autre regard sur la maison d’Ozé

    La Maison d’Ozé photographiée par Gabriel Fleury vers 1890.

    Traditionnellement datée du milieu du XVe siècle, la Maison d’Ozé est cependant plus ancienne. Débutée au siècle précédant comme le prouvent de multiples éléments, elle a été modifiée et agrandie. L’aspect que nous lui connaissons n’est que l’aboutissement de tous ces changements, comme pour tout bâtiment. Si nous avons l’impression de la connaître par cœur, c’est parce que la Maison d’Ozé est emblématique d’Alençon.

    Pourtant, à ma connaissance, personne n’a pensé à la dessiner avant le XXe siècle !

    A la toute fin du XIXe siècle, période où la photographie se démocratise, Gabriel Fleury (1846-1926), passionné par le patrimoine et éditeur, à la suite de son père, va produire l’une de ses premières vues. C’est un précieux témoignage de son état avant le projet de démolition, son sauvetage et sa restauration.

    Les noms de Henri Renault du Motey (1858-1932) et de Georges Le Bouc de La Deurie (1847-1927) sont également fortement attachés à la Maison d’Ozé, entre autres. Achetée en 1861 par la municipalité d’Alençon avec le projet de la raser, elle est menacée en 1898. Ces deux personnalités vont fortement s’engager pour sa sauvegarde et obtenir son classement en 1900. 

    Georges Le Bouc réalise un long poème en faveur de la conservation de la Maison d’Ozé, la dessine et la grave pour illustrer son œuvre.

    Henri Renault du Motey publie une série d’actes du XVIe siècle et se hasarde à proposer un restitution. C’est précisément sur ce travail, plus romantique que scientifique, que je vous propose de revenir. S’il a eu son utilité pour sensibilisé le public en 1903 sur l’intérêt de la Maison d’Ozé, il n’en demeure pas moins faux. Si l’on applique quelques principes d’analyse, le résultat est très différent.

    La Maison d’Ozé au XVe siècle selon Henri du Motey, 1903.

    La Maison d’Ozé est alors représentée avec :

    1. Un parement de granit sur la façade est, reproduisant celui de la façade sur rue.
    2. Un porche traversant le logis.
    3. Une seconde tourelle d’escalier au nord, en miroir de celle que nous connaissons.

    Par ailleurs, la topographie ne se prête pas à des fossés en eaux au pied des murailles du Plénître, placés à mi-pente sur le coteau nord de la Sarthe. Ces fossés entaillés dans le granit, ont laissé leur souvenir dans le toponyme Les Perrières, des carrières encore utilisées au XVIe siècle.

    Il existe bien une tourelle d’escalier nord mais celle-ci a une configuration très différente. Loin d’être une jumelle, elles est de plan quadrangulaire et s’adosse au logis. Elle est couverte par un toit en appentis. Avec un peu de recul, on peut voir que sa maçonnerie est cohérente avec celle du pignon : le rampant en pierres de taille courre à la fois sur le logis et sur la tourelle ; la maçonnerie de moellons semble d’un seul tenant.

    La tourelle sud a pour sa part quelques spécificités : elle recèle quelques précieux indices archéologiques pour comprendre une configuration primitive. Si de loin, elle semble être un cylindre, son flanc nord est cependant rectiligne et présente une baie obturée au niveau du premier étage. Cette partie appartient à un édifice plus ancien.

    Les traces d’un bâtiment antérieur conservé dans le flanc de la tourelle sud. (Jean-David Desforges, juin 2020)

    Au rez-de-chaussée du pavillon, derrière la tourelle, on trouve une longue salle voûtée traversante : il s’agit d’un porche. La disposition se comprend plus aisément sur un plan :

    Plan du rez-de-chaussée de la Maison d’Ozé.

    On le voit bien avec ce mur de moellons : il faut oublier l’idée d’un parement de granit. En revanche, on discerne des corbeaux de place en place et un ressaut au-dessus du porche qui sont les indices d’une coursière.

    La façade côté cour de la Maison d’Ozé. (Jean-David Desforges, juin 2020)

    Tous les éléments étant présentés, voici une proposition étayée de l’état  de la Maison d’Ozé de sa construction au XVIe siècle. Le porche centrale n’existe pas, le rez-de-chaussée étant occupé par une grande salle d’apparat. La communication entre la rue de la Motte (ancien nom de la rue Etoupée) et la cour se fait par un porche inclus dans un bâtiment adossé au pignon du logis et qui s’avance dans la cour. Comme ce bâtiment n’a pas d’escalier, son premier étage est desservi par une coursière accessible depuis l’escalier ouest. Cette coursière est ancrée sur la façade grâce à des consoles de granit, des ancrages et un ressaut de maçonnerie. Le percement du porche au XVIe siècle condamne la coursière qui ne peut plus tenir. Elle est compensée par la construction de la tourelle d’escalier est. L’ancien porche est obturé. La grande salle d’apparat est coupée.

    La Maison d’Ozé avec sa coursière et son bâtiment-porche : état entre la fin du XIVe siècle et le milieu du XVIe siècle. (Jean-David Desforges, juillet 2002)

    Jean-David Desforges

  • L’auberge de la Fuie, une destruction inutile

    Un jour de confinement, muni d’une attestation de déplacement, signée par le porteur, je me suis rendu rue de la Fuie, pour vérifier une alerte : la destruction d’une ancienne auberge.

    Ce jour même, le 10 avril 2020, j’ai contacté notre maire pour lui demander de revenir sur cette décision. Courriel resté sans réponse.

    Ce bâtiment est l’un des dernier de la ville lorsqu’on la quitté au XIXe siècle. Il ferme aussi la perspective sur le boulevard de la République rehaussé : sans lui, nous sommes face à un mur, sans transition d’échelle. Il y a fort à parier que d’ici 10 ans, si l’auberge est détruite, cette parcelle sera toujours une dent creuse, sans aucune utilité.

    Alors oui, ce n’est pas un édifice d’une architecture rare mais il est juste typique de l’architecture du début du XIXe siècle à Alençon. Ce genre de bâtiment trouve toujours preneur. Il s’en vend tout les jours sans que des experts municipaux ne les jugent dégradés, dangereux, inexploitables.

    Le 14, l’auberge n’est plus qu’un tas de gravats.

    Jean-David Desforges