Le maire d’Alençon a piloté le dossier de l’aménagement de la place Foch avec une communication hésitante, jalonnée d’annonces contradictoires. Cette succession de prises de parole brouillées trahit à la fois une méconnaissance manifeste des règles encadrant l’archéologie préventive et un certain désintérêt pour les obligations de la commande publique.
Une chronologie confuse et un cadre réglementaire mal maîtrisé
Dès l’amont du projet, le maire semble découvrir la nécessité légale de réaliser un diagnostic archéologique sur la place Foch – une étape pourtant systématique en secteur sensible et prescrite par la DRAC pour tout aménagement d’ampleur.
À la mi-juin 2025, l’Inrap mène ce diagnostic et met en évidence des vestiges liés à l’ancien château des ducs. La mairie, pourtant informée du caractère strictement exploratoire de cette phase, entretient la confusion en parlant déjà de « fouilles », alors qu’il ne s’agit que de sondages mécaniques préalables, destinés à déterminer si une véritable fouille doit être prescrite.
Les résultats du diagnostic sont transmis officiellement en septembre 2025. Malgré cela, la communication municipale laisse entendre que la suite du projet – fouilles ou travaux – pourrait débuter dès le mois d’août. Une annonce difficilement compatible avec la temporalité incompressible des procédures : analyse scientifique du diagnostic par le Service régional de l’archéologie, décision de prescription, puis lancement d’un appel d’offres pour désigner l’opérateur archéologique.
En août, un nouveau revirement survient : le maire évoque cette fois un chantier de fouille pour début octobre, mené par le service régional de l’archéologie. En réalité, ce « report » n’est que le reflet du temps administratif nécessaire entre le diagnostic et la décision finale de fouille. Pour compléter le service régional de l’archéologie est l’administration prescriptrice des opérations archéologiques. Il ne les réalise pas. Ces opérations sont conduites par les opérateurs de l’archéologie préventives.
Enfin, lors du conseil municipal de mi-novembre, le maire feint la surprise devant l’obligation réglementaire d’organiser un appel d’offres pour attribuer la fouille à un opérateur agréé. Là encore, cette procédure est incontournable, encadrée par la législation sur les marchés publics et parfaitement connue des services de l’État.
Une légèreté préoccupante face aux obligations légales
Ces annonces successives donnent le sentiment d’une navigation à vue. Elles témoignent non seulement d’une insuffisante maîtrise du cadre de l’archéologie préventive, mais aussi d’un manque de considération pour les règles qui garantissent la transparence de l’action publique.
Chaque étape – diagnostic, analyse, prescription de fouille, marché public – est pourtant strictement codifiée afin d’assurer deux objectifs fondamentaux : la sauvegarde du patrimoine et l’équité des procédures de commande publique.
En brouillant les calendriers et en minimisant les exigences réglementaires, la municipalité brouille également la compréhension du public et fragilise la confiance dans la conduite du projet. Ce flou, volontaire ou non, révèle une difficulté persistante à articuler urbanisme, patrimoine et règles administratives — au détriment de la clarté et de la qualité des politiques publiques.
Jean-David Desforges




