Catégorie : archéologie

  • Les restes mortels de Pierre II d’Alençon

    Le sceau de Pierre II.

    Cet après-midi, j’ai eu le plaisir d’écouter Franck Mauger (université de Caen Normandie) lors d’une conférence sur la vie de Pierre II d’Alençon et ses actions en tant que comte d’Alençon et du Perche, cousin du roi de France.

    Fabrice Morand, archéologue, à l’origine de la redécouverte des restes de ce personnage de notre histoire, m’a confié quelques photographies pour les partager ici. ATTENTION ! Il y a des vues d’ossements.

    Devenu mystique à la fin de sa vie, Pierre II d’Alençon est le seul noble de ce rang à ne pas avoir fondé de collégiale pour abriter sa dépouille et celles de son lignage. Il a préféré mourir dans l’humilité et être inhumé dans l’église abbatiale de la chartreuse du Val-Dieu, auprès de sa fille.

    C’est donc dans les ruines de cette église que les restes de Pierre II sont exhumés en 1865, à l’initiative du baron Patu de Saint Vincent, à la recherche d’un hôte pour la crypte de l’église du Pin-la-Garenne, dont il a financé l’agrandissement et l’embellissement.

    Patu de Saint Vincent achète également chez un antiquaire un bas-relief en calcaire représentant une descente de croix, daté du XVIe siècle. Son projet est plus esthétique qu’historique : un personnage de la charnière des XIVe-XVe siècle derrière un décor de cent ans postérieur ! Et puis, Patu de Saint Vincent mort, la crypte est oubliée. Le comte d’Alençon aussi, d’ailleurs. La crypte sert de local pour les répétitions de la fanfare municipale, de local technique et puis plus rien… Jusqu’à ce que Michel Ganivet retrouve mention écrite de cette translation et que Fabrice Morand organise la fouille archéologique pour valider la présence des restes de Pierre d’Alençon.

    Oui ! Les ossements sont effectivement en place ! Le coffret de bois qui les abritait a pourri.

    Méticuleusement nettoyée, la réduction du squelette est dûment photographiée pour illustrer le rapport scientifique qui a découlé de cette exploration. Tout a été fait dans les règles avec l’autorisation du maire et du service régional de l’archéologie.Au final, ce sont les restes de deux individus qui sont découverts ! Les analyses faites au laboratoire de paléopathologie de l’université de Caen révèlent que le crâne et deux tibias sont masculins et appartiennent à un individu décédé dans la même tranche d’âge que Pierre d’Alençon. Les autres ossements sont féminins. Rappelons que le comte a été inhumé avec sa fille ! Compte tenu de la fiabilité des documents d’archives, les investigations ne sont pas poussées jusqu’aux analyses ADN. On peut être sûr que c’est Pierre II d’Alençon et sa fille à 99 %. Le 1 % restant est une marge de prudence. Il faut être fou pour rebondir dessus et réfuter la conclusion.

    Et pour finir, le dernier cercueil où reposent le comte Pierre d’Alençon et sa fille avant qu’il ne soit placé dans la chapelle dite des Combattants. Une destination justifié par les nombreux combats qu’il livra contre les Anglais de son vivant.

    Jean-David Desforges