À l’échelle des politiques culturelles proposées, ou inexistantes, de la campagne alençonnaise, le programme porté par Sophie Douvry présente une caractéristique devenue rare dans les débats municipaux : il identifie la culture comme un champ d’action publique à part entière, doté d’une cohérence d’ensemble et articulé aux autres politiques du territoire.
Faire le pari d’une politique culturelle et humaniste, c’est considérer que la réussite d’Alençon ne se mesure pas seulement à ses indicateurs économiques, mais à sa capacité à tisser des liens, à reconnaître la dignité de chacun et à offrir des lieux où l’on se rencontre, où l’on apprend et où l’on s’ouvre au monde. Ce positionnement mérite d’être analysé pour ce qu’il est : non pas un simple discours de valorisation, mais l’esquisse d’un référentiel d’action publique solidement structuré.
Une culture pensée comme projet de territoire
Contrairement à d’autres propositions où la culture apparaît de manière périphérique ou implicite, le programme Alençon réussit s’inscrit dans une logique transversale, à la convergence du patrimoine, de l’attractivité, du social et du cadre de vie. Ce choix n’est pas neutre : il correspond à une évolution des politiques culturelles contemporaines, dans lesquelles la culture n’est plus seulement un secteur, mais un levier de structuration territoriale. Encore faut‑il que cette transversalité ne conduise pas à une dilution ; ici, elle reste globalement maîtrisée car adossée à des axes identifiables.
Le patrimoine comme charpente
Le recours au label « Ville et Pays d’Art et d’Histoire » constitue un point d’ancrage central. Au‑delà de l’effet d’image, ce dispositif implique une montée en compétence de la collectivité : connaissance fine du patrimoine, médiation structurée, présence de professionnels qualifiés, inscription dans un réseau national. En ce sens, le patrimoine n’est pas seulement mobilisé comme ressource symbolique, mais comme véritable infrastructure de politique publique. L’ingénierie culturelle est ainsi reconnue comme une compétence à part entière, là où, lors de la mandature précédente, le recours au bénévolat – comme dans le cas du comité scientifique du château – faisait figure de succédané.
La proposition d’un « Parcours cœur d’Alençon » reliant les principaux sites participe de cette logique. Elle traduit une volonté de mise en cohérence de l’espace urbain par le récit patrimonial, en articulant lieux, usages et continuités. On est ici dans une approche classique mais efficace de fabrique du centre‑ville, où la culture soutient à la fois l’appropriation habitante et l’attractivité.
Une articulation assumée avec l’économie urbaine
Le programme assume explicitement le lien entre politique culturelle et dynamique économique. L’idée selon laquelle des parcours, des équipements et une programmation cohérente peuvent générer des flux, soutenir le commerce et renforcer l’image du territoire s’inscrit dans un cadre d’analyse largement partagé. Ce point mérite toutefois d’être précisé : une politique culturelle ne se réduit pas à ses effets économiques. Le projet Alençon réussit évite cet écueil. Son point de vigilance restera l’équilibre entre attractivité et exigence culturelle, au risque sinon de basculer vers une logique essentiellement événementielle.
Une inscription dans le registre des droits et de la cohésion
L’un des aspects les plus intéressants du programme réside dans l’intégration de la culture au volet social, à travers l’objectif d’un accès élargi au sport, à la culture et au numérique. Cette articulation rejoint les approches contemporaines en termes de droits culturels et de participation, qui reconnaissent que la culture participe de la qualité de vie, de la réussite éducative et de la cohésion sociale. Mais, là encore, l’enjeu est celui de la traduction opérationnelle : dispositifs d’éducation artistique, présence dans les quartiers, soutien aux pratiques amateurs, partenariats avec les structures sociales.
Une transversalité avec l’écologie
L’intégration des berges de la Sarthe et de la Briante, mais également du Sort et du Gesne, dans une trame verte et bleue continue ouvre des perspectives intéressantes, en croisant enjeux écologiques, paysagers et usages sociaux. La dimension culturelle de ces aménagements ne pourra se faire qu’après sécurisation et finalisation des aménagements, en panne durant la dernière mandature. Entre simple valorisation du cadre de vie et véritable projet de médiation ou de parcours artistique, plusieurs niveaux d’ambition sont visés.
Le dossier hérité et à l’arrêt de la ferme de la Fuie des Vignes est aussi remodelé, avec de véritables enjeux transversaux, et non plus sous un angle de « spot bien pratique ». A la fois siège d’un fief médiéval avec un fort potentiel archéologique et ethnographique, ce site est à la jonction des quartiers prioritaires de la politique de la ville de Perseigne, de Courteille, et du centre de la ville. Il illustre physiquement le choix de la transversalité de la politique envisagée par Alençon réussit.
Une attention portée à l’ingénierie et à la gouvernance
Enfin, le discours sur les compétences, les équipes et la coordination entre la ville et l’intercommunalité constitue un marqueur important. Il traduit une compréhension réaliste des conditions de mise en œuvre d’une politique culturelle. Une politique structurée ne repose pas seulement sur des intentions, mais sur une capacité à concevoir, piloter et évaluer des actions. De ce point de vue, le programme se situe dans une approche professionnelle de l’action publique, encore inégalement partagée dans les collectivités de taille intermédiaire. Alençon tirera ainsi sont épingle du jeu pour devenir une référence en la matière.
Une proposition cohérente, sous condition de mise en œuvre
In fine, le programme Alençon réussit se distingue par l’existence d’un cadre lisible, articulant patrimoine, attractivité, cohésion sociale, écologie urbaine et gouvernance. Il propose bien une politique culturelle et humaniste, ce qui, dans le contexte actuel, n’est pas si fréquent. Reste l’essentiel : la traduction de cette cohérence en priorités effectives, en moyens budgétaires, en arbitrages clairs et en dispositifs opérationnels. Car une politique culturelle ne se juge pas seulement à sa capacité à relier des objectifs, mais à sa capacité à choisir : c’est l’engagement que je prends aux côtés de Sophie Douvry et de ses colistières et colistiers pour la prochaine mandature.
Jean-David Desforges