La Maison des Sept-Colonnes : médiation institutionnelle et enjeux patrimoniaux
La série d’articles parus dans « Alençon Magazine », organe de presse institué par la municipalité, offre une vitrine particulière aux projets urbains et patrimoniaux d’Alençon, dont le chantier de la maison des Sept-Colonnes compose un fil conducteur révélateur des tâtonnements institutionnels en matière de transmission et de médiation du patrimoine. Cette analyse se penche sur la chronologie éditoriale, ses acteurs, et la qualité du dialogue ainsi institué.
Alençon Magazine, tribune municipale
« Alençon Magazine » occupe un rôle central dans la communication de la municipalité. Distribuée gratuitement, cette publication informe les habitants sur les projets locaux et les bilans politiques. Elle diffuse également des appels à contribution, mais reste majoritairement le lieu d’expression officielle du maire et de son équipe, les minorités élues disposant d’espaces réservés en fin de publication.
Un comité de rédaction, entre intentions et réalité
L’instauration d’un comité de rédaction autour du projet des Sept-Colonnes devait en théorie favoriser une enquête participative et sociologique de quartier.
Sollicité en tant qu’usager et acteur de la restauration, j’ai préféré décliner toute participation. D’abord, le temps de la recherche n’est pas celui de la communication politique. Ensuite, l’orientation du projet vers le quotidien du bâtiment et les témoignages de ses usagers laissait peu de place à une approche de médiation scientifique. Mais malgré tout, le cabinet du maire a insisté pour obtenir ma contribution.
Tout cela illustre la faiblesse de la structuration : pas d’objectifs clairs, ni de méthode définie, et des membres dont l’engagement est limité ou problématique. Ce déficit de préparation et d’identification des témoins contribue à la difficulté d’animer une démarche de contribution réelle.
Les Chroniques des Sept-Colonnes : analyse des publications
Chaque numéro revêt une singularité marquante :
- Première édition (septembre-novembre 2022) : Un texte largement incitatif met l’accent sur l’engagement collectif autour de la maison. Les questions ouvertes et la tentative de création d’une dimension légendaire entretiennent une ambiguïté qui éloigne le lecteur du vécu contemporain du bâtiment. La dimension scientifique, matérielle et immatérielle n’est pas exploitée.
- Deuxième édition (janvier-février 2023) : Le manque de fil conducteur et l’abus de citations anciennes (Brière, Leurson, Jouanne) marquent l’incapacité à contextualiser : les analyses historiques ne sont pas approfondies, et l’appropriation du dossier par un membre du comité est manifeste, renforcée par la personnalisation des illustrations.
- Troisième édition (mars-avril 2023) : Un saut qualitatif dans l’information grâce à l’utilisation d’archives, mais une absence de structuration et de clarté technique limite la lisibilité. L’illustration graphique combinée tente de créer un effet Viollet-le-Duc, sans réelle valeur scientifique.
- Quatrième édition (fin 2023) : L’épuisement du sujet voit l’intervention du service UDAP 61 qui recentre sur la procédure technique et la valorisation patrimoniale. Des explications trop techniques privent le lectorat d’accès aux enjeux scientifiques et économiques.
- Cinquième et sixième éditions (2024) : La place est faite aux acteurs des chantiers de restauration : charpentiers et maçons. La densité technique et la pauvreté en vulgarisation rendent la lecture difficile. Les schémas et illustrations, non adaptés à la maison, témoignent de la limite didactique.
- Septième édition (septembre-novembre 2024) : Le ton se fait conclusif, partagé entre le comité et les partenaires, mais sans nouveauté ni perfectionnement notable. Le texte, purement informatif, refuse toute progression dans la médiation du patrimoine.
Un projet participatif à l’épreuve de sa propre méthode
L’ensemble des publications des « Chroniques » révèle un manque de hiérarchisation et une subjectivité forte. Les invitations à contribuer se heurtent à la faiblesse de l’encadrement et à la difficulté d’écrire collectivement pour la presse institutionnelle.
Finalement, les Chroniques n’auront ni trouvé leurs auteurs, ni réellement suscité l’engagement des lecteurs, symbole d’une médiation patrimoniale institutionnelle en quête de sens plus que de résultats effectifs.
Seul point positif : les magnifiques photographies d’Olivier Héron.
Jean-David Desforges