Hercule, le duc aux cent portraits

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Hercule François de Valois est titré et apanagé duc d’Alençon car il est le troisième fils d’Henri II et de Catherine de Médicis, derrière Charles IX et Henri III, dont il est à partir du couronnement de ce dernier, le successeur désigné.

Membre de la famille royale, prince du sang, sa représentation est tout au long de sa vie un acte politique. La collection de ses portraits est particulièrement fournie. Quelques uns tranchent avec une tonalité intimiste certaine quand d’autres sont d’une ostentation criante, stricte reflet de ses prétentions sur la scène européenne soit en tant que promis à Élisabeth Ière d’Angleterre soit en tant que Prince Protecteur des Pays-Bas.

Hercule naît à Fontainebleau le 18 mars 1555. Petit et chétif, au teint mat, il est surnommé par sa mère « mon petit moricaud ».

Cet extraordinaire portrait en pied de Hercule a été commandé par sa mère, Catherine de Médicis. Le tableau a été offert à Elisbeth d’Angleterre au moment de la proposition de mariage. A 18 ans, Hercule-François est donc le potentiel prince consort d’Angleterre. Il fait aussi son entrée dans la politique, aux lendemains du massacre de la Saint-Barthélémy. Il rejoint le mouvement des Malcontents.

Le prince Hercule, duc d’Alençon, par François Clouet, mars 1572. (National Gallery of Art, Londres)

Loin des œuvres ostentatoires, le Livre d’Heures de Catherine de Médicis recueille 58 portraits de la famille royale. Réalisé entre 1572 et 1575, il abrite un portrait de Hercule avec ses attributs de prince du sang. La couronne est la marque de son rang de duc d’Alençon (à droite dans la galerie).

Sous l’angle intime, mais toujours avec l’ostentation obligatoire pour une lignée royale, ce tableau généalogique présente les membres de la famille royale depuis François Ier et la reine Claude. Réalisé à tempera sur du parchemin, il serait de la main de François Clouet. Hercule-François est dans l’angle inférieur droit. 

Arbre généalogique des Valois, École française, vers 1570. (Galerie des Offices, Florence)

En 1573, Vasari achève les fresques de la Sala Regia, antichambre de la Chapelle Sixtine. Sur la commande du pape Grégoire XIII, la Saint-Barthélémy y est célébrée (il n’y a pas d’autre mot par rapport au contexte). Herculeest à la droite de ses frères, le roi de Pologne Henri, et le roi de France Charles IX qui léve sont épée.  

Fresque de la Saint-Barthélémy, Sala Regia, par Vasari, 1575. (Cité du Vatican)

En 1582, Pierre Dumonstier (1543?-1601) réalise ce dessin qui sert de base à plusieurs tableaux. A cette période, Hercule a besoin de nombreux portraits officiels. Son rôle politique est plus affirmé. Il a réussi à prendre le dessus sur son frère Henri III (ligue des Malcontents et édit de Beaulieu). Il devient duc d’Anjou et « protecteur de la liberté » des Pays-Bas. Désormais, il a le titre de « Monsieur » à la cour, en tant que frère du roi et successeur désigné à la couronne. En effet, Charles IX meurt en 1574 et Henri III lui succède.

Les fonctions militaires de Hercule sont symbolisées par un plastron, une rondache, un casque empanaché et un bâton de commandement. Le portrait en pied ci-après appartenait à la galerie des Grands Hommes de l’archiduc Charles II d’Autriche-Styrie.

Hercule d’Alençon, anonyme, vers 1575. (Kunsthistorisches Museum, Vienne)

L’ambassadeur espagnol Francés de Alava, toutefois adversaire politique, écrivait : « Le duc d’Alençon comptait pour peu, homme très vicieux, faisant le catholique, mais bien plutôt le chef des athéistes… Il ne savait répondre avec esprit, ni à l’ambassadeur ni à personne. Tout ce qui sortait de la bouche de son entourage n’était que tromperie, burleria.« 

Sur cet autre portrait en miniature, Hercule-François est coiffé de frisures, avec la barbichette en mouche, en vogue au début du règne d’Henri III, vers 1577. Ce type de portrait est propre à Nicholas Hilliard qui, outre son talent d’artiste, est appointé comme valet de la garde-robe du duc d’Alençon.  

On retrouve Hercule-François en compagnie de sa sœur Margot sur ces tapisseries de la série Les Tapisseries des Valois, conservées aux Offices à Florence. Elles représentent des festivités de cour, autour de 1580.

En 1581, Hercule se prépare à monter sur le trône des Pays-Bas. Il passe alors quelques temps auprès d’Élisabeth d’Angleterre, où il décide de mener une campagne de communication. Plusieurs gravures à son effigie sont diffusées afin de le faire connaître et reconnaître. Il débarque aux Pays-Bas, depuis l’Angleterre, en février 1582.

Hercule d’Alençon, par Hans Liefrinck, 1581. (British Museum, Londres)

Si l’image officielle est contrôlée et flatteuse, elle peut parfois être réaliste et désavantageuse. Sur plusieurs gravures, les traits de Hercule-François sont moins flatteurs qu’à l’accoutumée. Les traces de la petite vérole (variole) qu’il a contracté dans l’enfance sont mis en avant.

Le 19 février 1582, le duc d’Alençon fait son entrée en tant que roi des Pays-Bas à Anvers. En costume de sacre, il suit un itinéraire bien précis dans la ville sous un dais porté par six hommes. Il passe par un arc de triomphe alors qu’un feu d’artifice est tiré. L’événement a été longuement commenté et illustré.

Évidemment, les manœuvres politiques pour monter sur le trône des Pays-Bas attire la satire, d’autant que le jeu des influences étrangères sont loin d’y faire l’unanimité. Deux tableaux rappellent ce climat : Pendant que la reine Élisabeth nourrit la vache à lait des Pays-Bas, le duc d’Alençon lui tire la queue. Philippe d’Espagne la chevauche en la cravachant et le prince d’Orange s’engraisse directement au pie. 

Hercule-François d’Alençon, par Pierre Gourdelle, 1582. (Bibliothèque Nationale de France)

Hercule est représenté ci-dessous dans une enluminure pleine page de son livre d’heures. Réalisé en 1582 par Joannes Bol, cet ouvrage magnifique ne sert que très peu de mois au duc d’Alençon qui décède le 10 juin 1584 d’une tuberculose pulmonaire, tout comme son frère Charles IX. Henri III décrète quatre jours de cérémonies funèbres. C’est l’une des premières fois où la cour s’habille de noir pour un deuil et non de pourpre. Un mannequin est dressé sur un lit de parade, le cercueil étant placé dessous, dans l’église Saint-Jacques-du-Haut-Pas, récemment achevée. Autre écart au protocole : Henri III et Catherine de Médicis aspergent le corps d’eau bénite. La dépouille embaumée est déposée dans le caveau des Valois de la basilique Saint-Denis. Le cœur est enfermé dans un reliquaire au couvent des Célestins à Paris.  

Livre de prières du duc d’Alençon, par Joannes Bol, 1580-1582. (Bibliothèque Nationale de France)

Pour compléter ce catalogue des portraits du duc d’Alençon du berceau à la tombe, une image de son gisant aurait pu convenir. L’Histoire ne le permet pas comme nous allons le voir. Les membres de la famille royale sont inhumés dans la rotonde des Valois, une chapelle funéraire adjacente à la basilique de Saint-Denis. Commandée par Charles IX, elle  reste inachevée, sans le dôme projeté et a souffert des intempéries. En 1719, le mausolée est détruit. Monuments funéraires et dépouilles sont installées dans la basilique où ils sont profanés en octobre 1793.

La rotonde des Valois et la basilique Saint-Denis.

Jean-David Desforges