Depuis la fin du Moyen Âge, Alençon a possédé un grenier à sel, institution essentielle à la gestion de cette denrée stratégique. Son rôle était double : abriter les stocks de sel et assurer l’administration de cette marchandise, indispensable notamment pour la conservation alimentaire. Il servait aussi de tribunal pour juger les affaires de faux-sauniers.
L’impôt et son administration
L’impôt sur le sel fut instauré en 1315 par Louis X et généralisé par Jean II le Bon (1319-1364) afin de financer sa rançon à Édouard III d’Angleterre. Alençon, ville normande, relève du régime du Quart-Bouillon — une technique de production du sel par bouillage d’eau de mer — qui influait sur la fiscalité de la ressource.
Le grenier à sel d’Alençon était administré par un collège d’officiers composé d’un président, d’un « grénetier », d’un contrôleur, d’un procureur du roi et d’un greffier. Afin d’optimiser la collecte de l’impôt et de lutter contre la contrebande, des greniers secondaires étaient établis à Fresnay ou Bellême.
Des emplacements successifs
L’institution fut abolie à la Révolution, mais l’histoire du grenier à sel d’Alençon reste marquée par ses différentes localisations au fil des siècles. Le plus ancien site attesté se trouvait dans l’une des tours du château à la fin du XVIe siècle. Cette tour, mentionnée en 1431 sous le nom de « Tour de l’Orloge (sic) », devint plus tard la « Tour Salée » d’après des écrits des XVIIe et XVIIIe siècles.

Dès le début du XVIIe siècle et jusqu’en 1784, le grenier à sel se trouvait chemin des Châtelets, dans le faubourg de Lancrel. Ce logis de la fin du XVe début XVIe siècle présente encore quelques éléments architecturaux anciens, malgré les transformations successives.
En 1784, l’institution fut transférée au Plénître (« place » en normand) dans un bâtiment plus vaste. Ce dernier subsista jusqu’à sa démolition en 1974, à une époque où le quartier du Plénître et de la Poterne subissait d’importantes transformations urbaines.





Un patrimoine sacrifié
Le grenier à sel d’Alençon, avec ses volumes architecturaux imbriqués et son intérêt historique, aurait mérité d’être préservé. Sa destruction en 1974 a inauguré une vague de démolitions dans le quartier, victime récurrente d’un certain vandalisme urbain. Aujourd’hui encore, le secteur est menacé par des projets de parkings-silos et la démolition de maisons particulières, mettant en péril le patrimoine historique d’Alençon.
Jean-David Desforges
